« Maman, je serai toujours ton bébé, même quand tu vas être morte »…

Stéphanie Jobin | Maman, boulot, dodo

Il y a plusieurs années, avant même de devenir enceinte de ma fille, nous avons appris que ma mère avait un cancer. Un cancer plutôt nébuleux, pas très connu qui, selon les médecins, se développerait lentement.

Quand j’ai appris à ma mère qu’elle allait devenir grand-mère, elle était la femme la plus heureuse du monde. C’est elle qui a organisé mon « shower », qui a accouru à l’hôpital après l’accouchement et qui a toujours été à mes côtés pour me réconforter et m’aider avec le bébé. Quand ma fille a été assez grande pour se faire garder, jamais ma mère ne m’a dit non. Elle passait des heures à jouer avec ma fille et elles se faisaient des câlins gros comme ça!

Maman, boulot, dodo - Maman, je serai toujours ton bébé, même quand tu seras morte!
Crédit : Stéphanie Jobin

Deux ans après l’arrivée de ma fille, l’état de ma mère s’est aggravé. Les médecins ont finalement dit qu’il n’y avait plus rien à faire pour elle. La chimiothérapie pouvait prolonger la durée de sa vie, mais elle ne guérirait rien. Dure nouvelle. La pire de ma vie.

Ma mère a fait le souhait de finir ses jours dans la maison familiale, là où elle a vu grandir ses filles, là où tous nos plus beaux souvenirs d’enfance se trouvent. Pendant l’année qui a suivi, j’ai pris sur moi d’emmagasiner le plus de beaux (et moins beaux) moments possible entre ma mère, ma fille et moi. Donc à toutes les fins de semaine j’allais chez mes parents. Autant pour voir ma mère que pour donner un peu de répit à mon père, qui s’occupait d’elle sans relâche.

Ma puce, même si elle ne le réalisait pas, a donc vu l’état de sa grand-mère se dégrader, elle a été à ses côtés jusqu’à la fin. Nous sommes retournées ensemble pour la voir après qu’elle soit dans le coma. À ce moment-là, j’ai dit à ma fille « Grand-maman fait dodo, trouves-tu qu’elle a l’air bien? Elle va maintenant faire dodo pour toujours et quand nous allons revenir chez grand-papa elle ne sera plus là, elle sera partie au ciel. »

urne
Crédit : Stéphanie Jobin

Quelques jours plus tard ont eu lieu les funérailles de ma mère; ma fille est venue m’y rejoindre avec son père et, comme beaucoup d’enfants de trois ans, elle était très heureuse de me voir, bien contente d’y trouver des amis et complètement inconsciente de la raison qui nous réunissait. C’est uniquement plus tard, quand j’en ai eu la force, que j’ai abordé le dur sujet de la mort avec elle.

J’ai utilisé des mots simples et je me suis appuyée sur des livres et des références pour lui expliquer le plus simplement possible cette dure réalité qu’est la mort. Vous trouverez peut-être que c’était trop tôt mais, avec du recul, je suis certaine que non. Maintenant ma fille sait très bien que nous allons tous mourir, elle sait aussi que la maladie n’est pas nécessairement synonyme de la mort.

Elle est à l’aise d’aborder le sujet. D’ailleurs, quand j’ai les « blues » de la voir grandir si vite, de devenir une belle grande fille et que je sens que je n’ai plus de bébé, elle me dit souvent : « Maman, je serai toujours ton bébé, même quand tu vas être morte. »

Comment avez-vous abordé la mort avec vos enfants? Y avez-vous été confronté?

Stéphanie Jobin

Stéphanie Jobin

Maman d’une jeune fille de 6 ans, elle est aussi devenue la belle-maman des deux ados de son nouveau chum. Elle vous présente des sujets qui la touchent, avec un regard franc mais émotif. Elle sera notre super maman qui arrive à concilier deux familles et une vie professionnelle remplie.
Stéphanie Jobin

Les derniers articles par Stéphanie Jobin (tout voir)

Laisser un commentaire