Accueillir l’amour

Accueillir l'amour | Maman, boulot, dodo

Il y a un peu plus de 6 ans, j’ai vécu une grosse peine d’amour. Une vraie, comme on en voit dans les films : je pleurais tout le temps, je déprimais, je passais mes journées en pyjama à regarder des films tristes et à dévorer des romans, les cheveux gras et les crottes au bord des yeux. Seule variante : au lieu de vider des pots de crème glacée, je ne mangeais plus. Moi qui suis généralement gourmande, j’avais perdu l’appétit.

Je croyais ne jamais m’en remettre, mon cœur faisait littéralement mal, comme si cette personne perdue était morte, en réalité. La douleur a duré presque 10 mois et j’ai mis presque 2 ans avant de pouvoir dire que je m’en étais remise complètement. J’ai passé par toutes les étapes de ce deuil puis, un jour, vint la lumière.

Le bonheur c’est être bien avec soi-même

J’ai réalisé le bonheur que peut apporter le célibat et le fait d’habiter toute seule : faire ce que je veux quand je veux, me laisser traîner à ma guise, sortir danser. Mais par-dessus tout, au-delà des soirées de fêtes, des envies de rencontres, je retrouvais le plaisir d’être seule avec moi-même. J’ai toujours été capable de passer du temps seule, mais après 5 ans de vie commune, il faut tout de même s’adapter à une nouvelle réalité.

Je faisais chaque jour un énorme travail intérieur pour arriver à lâcher prise. J’étais beaucoup plus confrontée à moi-même maintenant que je n’avais que mes démons intérieurs avec lesquels négocier. Je me disais « Wow, je deviens enfin une meilleure personne ». Je ne cherchais pas de relation mais je restais ouverte aux rencontres. J’attendais. J’étais peut-être plus sélective parce que je savais que quand je m’engagerais de nouveau, ce serait pour de vrai. Je ne voulais pas de demi-mesure. Je voulais une relation mature, complète, pour un jour fonder une famille, avoir une maison. Et surtout, je croyais maintenant savoir ce que je voulais ou non d’un conjoint ou d’une relation. J’avais tort.

Le destin a fait son oeuvre

Je me souviens clairement du jour où un déclic s’est fait. J’étais assise au bord de la Yamaska par une fin d’après-midi de juillet. Le soleil descendant faisait de l’or sur l’eau, le vent faisait danser mes cheveux. J’écoutais une chanson de Lana del Rey. Et enfin je me suis dit « Me voilà complètement libérée. Je suis prête. Je suis bien avec moi-même.»

Croyez-moi ou non, seulement quelques jours plus tard le destin, le karma, le hasard ou appelez ça comme vous voulez, a mis François sur ma route. Tout de suite, nous avons voulu nous revoir et ne jamais nous quitter. Mais tout de suite nous nous sommes jetés dans une relation et celle-ci semblait mal partie . Il était compliqué de communiquer, de se comprendre, de se parler calmement. À travers la passion du début et le sexe torride, il y avait les querelles, les accusations, l’incompréhension. Nous voulions tous les deux tellement nous engager que nous avons démarré sur les chapeaux de roues.

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Crédit : Virginie Boissonnault

J’avais eu tort. On n’est jamais vraiment prêt. Simplement parce que chaque personne est différente.

J’ai passé des mois à comparer François avec mon ex dans ma tête, à me dire que c’était impossible que ça se passe comme ça parce que j’étais une personne libérée, que j’avais fait beaucoup de travail sur moi-même. Jamais je ne m’étais autant obstinée avec quelqu’un, jamais je ne criais avant. J’avais pourtant cessé de pleurer à toutes heures du jour et de la nuit. Je me croyais grandie. Mais j’ai vite réalisé qu’il est bien facile de grandir quand on est seul, quand on n’a que soi-même avec qui débattre.

Une relation parfaitement imparfaite

Bien sur, je continuerai de croire que nous sommes nous-même notre plus grand ennemi. Mais c’est en contact avec les autres, c’est en confrontation avec des points de vue différents qu’on voit notre vraie capacité à tolérer, à comprendre, à être patient et calme. Il est bon d’avoir des convictions dans la vie. Mais elles ne doivent jamais être ancrées trop profondément, car elles peuvent facilement être remises en question. Et une fondation qui craque peut causer beaucoup de dommage à une structure en devenir.

Encore aujourd’hui, François et moi n’avons rien de la relation au beau fixe que j’avais avec mon ex. S’il m’arrive encore de comparer, je vois comme c’est le jour et la nuit. Et je finis toujours par me dire que de toute façon avec Seb, ça n’avait pas plus fonctionné. Il n’existe donc aucune recette parfaite.

Et je me dis que peut-être, au fond, c’est ce que le vrai amour implique : vouloir brasser les choses constamment, dire passionnément. Car l’opposé de l’amour ce n’est pas la haine, c’est l’indifférence. Vouloir construire, c’est aussi parfois détruire et recommencer, balayer les fondations pour pouvoir y planter un arbre. C’est d’être vrai. Et si être vrai signifie être imparfait, alors le jeu en vaut la chandelle.

 

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