Cette maman qui m’a sauvé la vie

Photo de jumelles sur un sofa, titre : Fall into the couch par Donnie Ray Jones, sur Flickr

Lorsque mes jumelles ont eu environ 9 mois, j’ai pensé à les envoyer à la garderie à temps plein.

Déjà peu de temps après leur naissance, plusieurs personnes de mon entourage me disaient, lorsque je mentionnais qu’elles entreraient à la garderie à l’âge d’un an, qu’elles trouvaient ça très tôt. Mentionnons au passage que ces personnes n’ont jamais eu de jumeaux ou de jumelles. Ou que c’est leur conjointe ou leur belle-mère qui s’est occupée de leurs enfants à temps plein lorsqu’ils étaient en bas âge. Ces personnes ne pouvaient donc pas comprendre à quel point il est épuisant de s’occuper de jumelles.

Depuis la naissance de mes filles, je suis constamment dans un état second. Un mélange de fatigue, de grand bonheur et d’épuisement total avec un soupçon de déprime et une montagne de stress. J’ai beau tenter de faire attention à moi, la recette boulot-bébés-repas-ménage-lavage me puise l’énergie que je réussi à récupérer lors de rares moments de répit.

Bien entendu, à la lecture de ces lignes, les parents de triplés se moquent de moi alors que ceux qui ont des quadruplés et plus de multiples lancent des tomates à leur écran.

Que voulez-vous, même si je sais qu’il y a plus exigeant dans la vie que de s’occuper des deux meilleurs bébés du monde; mais ça reste épuisant.

Garderie ou pas? Là est la question!

Revenons à cette histoire de garderie. Mes jumelles avaient 9 mois et je pensais sérieusement à les envoyer à la garderie. Mais je me sentais trop coupable de les abandonner avec des étrangers à un si jeune âge. Je travaillais déjà à temps partiel et une nounou s’occupait de mes filles à la maison. Pourtant il me manquait de temps pour réussir à y arriver avec la préparation des repas, les courses, le boulot, etc. Les commentaires de certaines personnes de mon entourage ne m’aidaient pas à prendre une décision, puisqu’ils ajoutaient à mon sentiment de culpabilité.

Puis vint le jour qui allait changer ma vie de parent : j’étais assise dans un centre d’achat et je grignotais rapidement pendant que mes filles dormaient dans leur poussette. Une mère s’est arrêtée pour les admirer et m’a dit quelque chose du genre :

oh des jumelles! J’en ai eu moi aussi. C’est pas facile hein! Moi quand elles ont eu 9 mois j’ai eu besoin de prendre mes distances, je les ai envoyées à la garderie.

C’était comme si un poids énorme venait d’être enlevé de ma poitrine. Je me suis sentie incroyablement libérée et j’ai décidé de contacter une excellente garderie qui m’avait offert deux places dans une pouponnière neuve quelques semaines auparavant. Cette inconnue m’a offert un cadeau magnifique. Plutôt que de la pression à continuer à m’occuper de mes filles à la maison pendant plusieurs mois additionnels, elle m’apprenait qu’il était normal d’avoir besoin de me retrouver et de m’occuper de moi après avoir eu mes jumelles.

Un sauvetage plus que bienvenu

Je pense qu’elle m’a sauvé de bien des problèmes de santé physique, mentale et émotionnelle ce jour-là.

J’ai beaucoup réfléchi dans les mois qui ont suivi l’entrée à la garderie de mes filles. Pourquoi les personnes qui m’avaient fait sentir coupable s’étaient-elles permis de faire des commentaires sur mes choix de parent? Personne ne critiquait mon mari qui travaille à temps plein alors qu’on me faisait culpabiliser de ne pas vouloir ou pouvoir passer 7 jours sur 7 avec mes filles! Pourquoi jugeait-on mon désir de recommencer à travailler pendant mon congé de maternité ? Enfin, pourquoi les gens se sont-ils permis de me juger alors qu’ils n’ont jamais eu de jumeaux eux-mêmes?

Il me semble qu’encore de nos jours, malheureusement, les mères se font juger beaucoup plus sévèrement que les pères. C’est bien pour ça qu’il faudrait que nous apprenions à être moins sévères envers nous-mêmes…

 

Marie-Pierre Renaud

Marie-Pierre aime être débordée et faire deux choses en même temps. Elle a donc fait d’une grossesse deux coups en ayant de jolies jumelles qui ont maintenant un peu plus d’un an. Anthropologue et chercheure, elle examine la parentalité d’un regard analytique, mais elle profite surtout de sa collaboration avec Maman, boulot, dodo pour rigoler et partager ses déboires de maman de jumelles. Curieux d’en savoir plus? Découvrez son site professionnel et son compte Twitter!

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