Ce monstre nommé Anxiété

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été cette fille un peu nerveuse devant un éventail de situations. Toutefois, le Monstre a fait sa véritable apparition un soir de septembre 2006. Il ne s’est pas nommé à ce moment-là. Ce n’est qu’en octobre 2015 qu’on me l’a présenté par son véritable nom: Anxiété. Laissez-moi vous raconter le début de notre histoire d’amour.

Septembre 2006

Avant d’animer ma première rencontre de parents (je suis prof!), je soupe avec mes amies-collègues au restaurant. Parle-parle, jase-jase, un petit mal de coeur s’insinue en moi. Plus les minutes passent, plus il devient intense. Bah! C’est le trac qui s’installe. Arrivée devant l’école, mon estomac décide que mon repas ne lui a pas plu et retourne ça dans le buisson le plus proche. Après une pause dans ma classe et de grandes respirations, j’ai pu animer ma réunion comme il se devait.

Dans les semaines qui ont suivi, sans que je comprenne ce qui se passe, je me suis mise à avoir des maux de coeur fréquents au travail. Parfois tellement intenses que j’ai peine à me rendre à ma classe après le dîner. J’ai dû m’absenter quelques fois et faire quelques examens médicaux. Verdict : Rien. Tout va bien.

Mars 2013

Arrive dans ma vie ma belle grande fille. Comme toute nouvelle maman, la naissance du premier enfant amène son lot d’inquiétudes et de questionnements, quelques périodes de déprime et de stress plus intenses. Certaines sorties me donnent même la nausée. Il fait trop froid, trop chaud, il y aura trop de monde, trop de ci, pas assez de ça,  ouin mais si… bref, je m’isole très souvent pour de multiples raisons. Ça finit par passer.

Janvier 2015

C’est au tour de mon beau bébé de faire son apparition dans notre vie. Ouf! 2 enfants, 22 mois de différence, ça demande un peu d’adaptation. Divers événements sans gravité viennent pimenter notre quotidien. Rien d’important, mais très accaparant pour mon cerveau. Beaucoup de questionnements, de remises en question, d’adaptations… La vie de famille normale, quoi! Toutefois, mon cerveau ne m’envoie pas de message de normalité. Il me fait plutôt croire que je suis seule au monde à vivre ces inquiétudes, ces doutes. Je me replie peu à peu sur moi-même, je me sens de plus en plus dépassée par mon quotidien et la déprime s’empare de moi. Aussi je me perçois très souvent comme une poule pas de tête qui se cogne sur tous les murs qui l’entoure, sans jamais trouver l’issue.

Octobre 2015

Une journée où je suis seule avec mes 2 enfants, je me réveille avec la certitude que je serai incapable de m’en occuper seule. Je ressens un poids immense sur mes épaules. Un fort sentiment d’incompétence parentale s’empare de moi, de plus en plus souvent. J’appelle ma soeur à la rescousse. Elle vient passer la journée avec nous. Ouf! Je reprends le contrôle. Cette journée a été le déclencheur. C’est pas vrai que c’est normal que je ne puisse pas m’occuper seule de mes 2 enfants. Je prends un rendez-vous chez le médecin, qui me reçoit assez rapidement. Après une présentation sommaire de la situation et complété 2 questionnaires, le verdict est clair. «Vous faites de l’anxiété madame!»

C’était évident vous me direz. Eh bien non, pas pour moi. Toutefois, un soulagement s’empare de moi. Enfin, mon «trouble» a un nom. Et ce nom, on me le dit enfin. Rien n’est vraiment réglé cependant. Il faut dompter ce monstre maintenant. Et à la quantité de choses qui se passe dans ma tête en même temps dans une journée, je vous jure que ce monstre a plus que 2 têtes.

Apprivoiser la réalité

Un peu plus d’un an après le diagnostique, j’en suis encore à apprivoiser mon nouveau compagnon de vie. Je ne peux pas dire que ma vie a repris son cours normal tout le temps. Je peux cependant dire que je profite de plus en plus de ma vie. Qu’elle est de plus en plus souvent rose. Parce que oui, l’anxiété brouille les cartes. On ne perçoit plus la réalité telle qu’elle est. Elle est bien souvent amplifiée et teintée de gris, voire même de noir. Ce monstre m’aura fait perdre de nombreux beaux moments avec mes enfants et les gens que j’aime. Pour différentes raisons, souvent mauvaises d’ailleurs, je me suis isolée socialement. Je me suis aussi trop souvent inquiétée à outrance pour des peccadilles au sujet de mes enfants et cela a transformé de beaux moments en mauvais souvenirs.

Même si je regrette beaucoup de choses, je ne peux revenir en arrière. Ça, je l’ai compris. Ce monstre qu’est l’anxiété me donne beaucoup de maux de tête, au sens propre comme au figuré d’ailleurs. Cependant, il avait un beau cadeau autour du cou : celui de me faire profiter des beaux moments de mon quotidien, de me faire réfléchir et de me montrer à relativiser. J’ai parfois besoin d’aide pour y arriver, mais je progresse. C’est un travail de longue haleine. Pour une fille qui veut toujours que tout se règle à l’instant où le problème se pointe, mettons que c’est parfois frustrant. Mais un jour à la fois…

Vous n’êtes pas seuls

C’est loin d’être évident pour moi de dire haut et fort que je souffre d’anxiété. Pas que j’aie honte de mon Monstre, mais on s’entend que la maladie mentale est encore tabou de nos jours. Dans les derniers mois, il m’est arrivé de discuter avec des amies, des connaissances ou encore des inconnus de ce que je vivais. Parfois, on finissait par me dire que mon parcours les encourageait ou leur ouvrait les yeux sur ce qu’ils vivaient. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce billet. Si une seule personne se reconnait en me lisant et décide de prendre son anxiété par la main, mon but sera atteint.

 

Annie Arseneault

Annie Arseneault

Maman de deux enfants, Annie enseigne au primaire et est de retour au travail après son second congé de maternité. Elle nous fait découvrir sa vision de la vie de famille et aborde des aspects de son statut de mère avec une pointe d’humour et un regard franc.
Annie Arseneault

3 Replies to “Ce monstre nommé Anxiété”

  1. Merci….je prend la main

  2. C’est tellement ça et tellement plus à la fois…
    Merci
    Sylvie

    1. Vous avez raison. C’est si difficile de mettre des mots sur cette réalité pour la rendre plus claire pour les autres. C’est tellement plus, en effet.

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