Les 10 vérités de l’infertilité

Les 10 vérités de l’infertilité | Maman, boulot, dodo

Un peu plus de 10 ans et deux enfants plus tard, je peux écrire ce billet de façon tout à fait détachée. Si vous êtes en ce moment dans le dur parcours pour concevoir cet enfant qui se fait attendre, mon texte sur l’infertilité ne vous encouragera probablement pas.

Il mettra au mieux des mots sur ce que vous vivez ou vivrez selon le temps que la vie prendra à vous mettre un enfant dans les bras.

Et si vous partagez mon billet à vos proches, et bien on espère qu’ils pourront rajuster leurs gestes et leurs paroles ou bien comprendre ce que vous avez dans la tête. C’est parti!

1. De l’excitation à l’obsession

En novembre 2006, ma grand-mère a rendu son dernier souffle. En dehors de la tristesse, un fort désir de donner la vie me submerge. J’arrête la pilule et c’est parti pour ce beau projet de couple. Un mini-nous pourra se pointer le bout du nez. On en parle des étoiles dans les yeux, nous sommes excités comme des enfants à Noël tous les mois en se disant que peut-être que ça y est.

Un, pis deux, pis trois, pis 12 mois passent. J’peux tu vous dire que les étoiles de la Grande ourse ne brillent plus beaucoup dans nos yeux. Et en passant, le mot excitation de mon sous-titre ne fait aucunement référence à ce qui se passera dans votre chambre à coucher (lire le point 6).

L’obsession, parce que oui, vous finirez par être obsédée par votre désir de procréer fera en sorte que vous vous inventerez des symptômes de grossesse tous les mois. Vous serez tentée d’appeler la Madame minou que vous verrez dans les p’tites annonces du journal local. Elle va vous le dire, ELLE, quand vous serez enceinte. Vous essayerez de garder les jambes dans les airs après l’orgasme, 10 minutes, 15 minutes, toute la semaine s’il le faut. Mais il montera ce maudit spermatozoïde pour rencontrer l’ovule récemment pondu. Le test de l’aiguille, la recette de drink à base de blanc d’œuf, d’épinards et de Quick, la photo de bébé aimantée sur le frigo pour la visualisation, vous tenterez tout, t-o-u-t, TOUT.

2. Des phrases vides de sens

Et qui n’obtient même pas un 1 sur l’échelle de l’encouragement? « Pense à d’autre chose, ça va arriver ». Heille! Sérieusement, faut pas dire ça. Tsé, quand je dis obsédée, c’est OBSÉDÉE. Rationnellement, on le sait qu’il faut focaliser sur autre chose. Mais surprise! Ça ne se fait pas facilement. Et je dirais même que c’est impossible.

Y’a aussi la sœur de la cousine de la grand-mère de la nièce de ton chum a qui la même chose est arrivée. Devine quoi? Elle est tombée enceinte au moment où elle a baissé les bras. C’est ti-pas assez encourageant ça, ma belle fille. Asteure, au lieu de focaliser sur ton bébé qui n’arrive pas, focalise sur elle, ça va t’encourager sur un moyen temps.

Psssst! Si vous êtes un proche qui voulez encouragez la fille qui attend impatiemment que la cigogne se pointe, ne vous sentez pas frustré de ce que je dis. Vos encouragements, elle en a besoin, mais encore plus de votre présence et de votre empathie. Les petites phrases auxquelles vous ne croyez pas vous-même, mettez ça dans la poubelle près de l’entrée. Et entrez chez elle avec le désir d’écouter, de sympathiser et de changer les idées. Ça, ça fait son effet. Et merci d’être là, sincèrement.

3. Ça ne rapproche pas un couple

Au début, ça rapproche. Avec les mois qui s’écoulent comme le sable dans un sablier… ben c’est ça qui est ça. Les gars ne voient pas les choses comme nous. Ils trouvent l’aventure difficile, mais le vivent différemment. Ils n’expriment pas nécessairement leurs émotions, ne seront pas aussi obsédés que vous par le projet qui ne se réalise pas. Ils ne seront peut-être pas partants pour faire les tests d’infertilité, pour rencontrer les spécialistes, etc. Bref, vous vous sentirez seule bien souvent dans tout ça. Les deux pieds dedans, ça met de mauvaise humeur. Avec le recul, je vous dirais patience, constance et lâcher-prise. Et surtout, cherchez du support auprès de celles qui vivent la même chose que vous ou qui sont passées par là. C’est là que vous trouverez l’Oreille dont vous avez besoin.

4. La normalité de se montrer

Ça a commencé avec le médecin de famille, ensuite le gynécologue à la clinique de fertilité, le technicien de l’hôpital chargé de regarder mes trompes, ensuite le gynéco qui remplace le gynéco en vacances, le gynéco pour les échographies tous les mois, etc. L’épreuve que représente l’examen annuel ne sera qu’un vague souvenir. Vous ouvrir les jambes devant les médecins, techniciens et infirmières deviendra aussi normal que de vous brosser les dents. On s’entend que ce n’était pas le but de l’exercice, hein? Avoir un bébé était le seul but au départ.

5. La valse des médicaments et de leurs effets

S’il le faut, une ou des prescriptions d’hormones viendront. Un regain d’espoir renaîtra et on ne dira pas non certain. Avec ça viendront les effets secondaires. Ça varie de l’une à l’autre. Dans mon cas, ça venait avec le désir de lancer, de frapper et de tuer. Finalement, je lançais des coussins. Il faut bien trouver une façon soft de se défouler. Ça aussi, ça viendra jouer dans l’ambiance du couple. Lui ne comprend pas ce qui se passe et est tanné de vous avoir sur le dos. Et elle ne peut faire autrement que d’avoir une face de merde. Mis à part ces effets collatéraux, tout n’est pas gagné. On va jouer dans le dosage d’un mois à l’autre si ça ne fonctionne toujours pas, changer de molécule, passer de la pilule à l’injection. Bref, c’est la valse de l’essai-erreur qui commence. Et comme pour le reste, on se croise les doigts pour que ça fonctionne.

6. Au diable la spontanéité

« Comment on fait les bébés? » finissent par demander tous les enfants. Et bien vous deviendrez toute qu’une spécialiste. Le seul truc, c’est que si votre réponse est en faisant l’amour, vous vous rendrez compte que ce n’est plus tout à fait ça. L’amour n’aura plus grand-chose à voir là-dedans. Tous les mois (et il peut y en avoir un pis un autre), du jour 10 au jour 16, aux 2 jours, il faut avoir une relation sexuelle. Remarquez que j’ai écrit il FAUT avoir. Voyez-vous la spontanéité foutre le camp?

Fatigué ou malade, juste pas motivé par la chose, ben il faudra vous vous retrouvez au lit coûte que coûte. N’est-ce pas motivant de faire l’amour dans ce climat? Mais on n’y échappe pas. Go! C’est l’heure les tourtereaux. Si vous ne le faites pas, ça peut repousser votre rêve d’un mois de plus. Et quand votre bébé sera là, dans vos bras, le il FAUT aura laissé des traces sous vos draps. Pas important d’en parler pour l’instant. Chaque chose en son temps.

7. La perte de contrôle de nos réactions

C’est important d’en être consciente et surtout de l’accepter. Parce que vous n’aurez aucun contrôle sur vos réactions. Malheureusement, ça aura des conséquences sur vos relations avec les autres. Sur votre chum, j’en ai parlé. Il reste qu’il est dans le même bain que vous, il parviendra à comprendre.

Les collègues et les amis, ce n’est pas certain. Vous risquez de voir des gens s’éclipser de votre cercle rapproché. Des amies, j’en ai perdues. Pas par choix, je vous l’assure. C’est sans doute ce que je regrette le plus de ce passage obligé de ma vie. On ne peut malheureusement rien y changer. Le temps a fait quelque chose de grand pour moi cependant.

J’ai arrêté de me sentir coupable des réactions que j’ai eues. Parce qu’elles sont NORMALES. Et ça, je veux que tu le retiennes. Tu es responsable de TES réactions, de TES pensées, pas de celles des autres. Si les autres ne parviennent pas à nuancer et à comprendre certaines de tes paroles ou certains de tes gestes, et bien, ça ne t’appartient pas. De là l’importance d’avoir quelqu’un près de toi qui peut comprendre ce que tu vis parce qu’elle est passée par là. Les forums au sujet de l’infertilité ou encore certains groupes Facebook pourraient te permettre de trouver TA Karine. Dans mon cas, c’est elle qui a été ma confidente. Celle à qui j’écrivais mes frustrations, mes joies, mes peines, mes symptômes inventés de grossesse. Elle vivait la même chose que moi, elle comprenait. C’était l’important.

8. Et les autres bédaines, elles…

Bon, c’est le bout moins plaisant dans l’affaire. Tsé, ce n’est pas parce que pour toi la Terre a cessé de tourner que c’est le cas des autres. Des belles bédaines bien rondes, tu en croiseras une pis une autre. Et tu ne peux rien y changer. Tu en pleureras, en seras frustrée, mais tu ne peux rien y changer et c’est tant mieux. Ce n’est pas les bédaines croisées dans le centre commercial qui te fera le plus mal, c’est celles de ton entourage. Celles que tu verras pousser alors que la tienne reste bien vide. Tu auras à faire face à l’annonce d’une grossesse près de toi. Pratique-toi tout de suite dans le miroir à te bâtir une face de joie débordante pour ta grande amie qui vit le plus grand bonheur d’une vie. Celui que tu souhaites aussi.

Et je m’adresse tout de suite à ton amie qui t’annoncera sa grossesse. D’ailleurs, je la félicite sincèrement pour cette vie qui grandit en elle. Belle amie, je veux te dire pardon pour celle qui ne réagira peut-être pas comme tu le souhaiterais devant l’annonce de ta grossesse. Ça te fait de la peine, et sans doute que ça te fâchera de ne pas voir ta best sauter de joie aussi haut que toi. Bien sûr qu’elle est contente, qu’elle est heureuse pour toi. Et évidemment qu’elle a hâte de le voir ce beau bébé que tu portes. De ça, je veux que tu sois certaine.

Quand vouloir avoir un enfant représente des mois et parfois des années à réaliser, on passe par bien des phases. Celle où on arrive à se réjouir autant que tu le mériterais malgré ce que l’on vit arrive bon dernier. Et ce n’est pas tout le monde qui l’atteint malheureusement. Ce que je vais te demander est difficile, je le sais. Peut-être n’y parviendras-tu pas et votre amitié en prendra un coup. Ce que je souhaiterais, c’est que tu vives ton bonheur comme tu le mérites. Que tu pardonnes la réaction de ton amie en gardant un minimum d’empathie en tête. Je ne te demande pas de cesser de parler de ton bonheur avec elle, loin de là.

Je vous demande à toutes les deux d’être ouvertes et de communiquer. Ton amie te dira comment elle se sent, comment elle souhaite que vous parliez de ta grossesse. Tu ne voudrais pas que ça se passe comme ça, je le sais. Mais ton amie ne le souhaitait pas non plus. Saches qu’elle t’aime, qu’elle est folle de joie pour toi et qu’elle tient à votre amitié. Et si l’infertilité a raison de votre amitié, j’en suis fort attristée. Vraiment. Saches alors qu’elle garde un bon souvenir de votre amitié et qu’elle est désolée de n’avoir pu faire autrement dans l’épreuve qu’elle vivait.

9. Et oui, la vie peut nous le faire vivre pareil

Si y’a une chose que j’ai apprise, c’est bien qu’on ne contrôle absolument rien dans la vie et qu’il ne faut rien prendre pour acquis. Après trois ans d’essais, j’ai connu la joie de voir un beau + sur un test de grossesse. J’ai aussi eu le malheur de voir mon bébé devenir une petite étoile dans le ciel après avoir fait une fausse-couche. En fait, il y a 2 belles petites étoiles qui brillent dans mon ciel. Le fait d’avoir eu à attendre, à passer par bien des chemins pour arriver à Rome, ne m’a rien épargné. Alors, fais attention à toi et reste forte devant les événements de la vie. Permets-toi de pleurer, de crier quand tu en as besoin. Ton rêve se réalisera, on ne sait juste pas quand ni comment. J’espère de tout cœur que ton comment ne soit pas parsemé d’étoiles dans ton ciel.

10. N’oublie pas

Quand tu vivras finalement ton grand bonheur d’être maman, profite à plein du cadeau que tu tiens dans tes bras. N’oublie pas les efforts que tu as mis pour le réaliser, ce beau rêve. Ça ne rendra pas tes nuits plus longues, mais tu apprécieras encore plus la chance que tu as. N’oublie pas aussi que d’autres passent par la même route que tu as empruntée. Sois celle qui comprend, qui supporte, qui aime, qui écoute pour elles. Tu es précieuse pour chacune d’elles.

 

Annie Arseneault

Annie Arseneault

Maman de deux enfants, Annie enseigne au primaire et est de retour au travail après son second congé de maternité. Elle nous fait découvrir sa vision de la vie de famille et aborde des aspects de son statut de mère avec une pointe d’humour et un regard franc.
Annie Arseneault

2 Replies to “Les 10 vérités de l’infertilité”

  1. Merci x1000!!!!!! Ca fait tellement de bien lire ca. Cest juste le texte parfait! Bravo!

    1. Annie Arseneault dit : Répondre

      Votre commentaire me fait chaud au coeur. C’est dans le but de faire du bien à nos lectrices qui passent par là que j’ai écrit ce billet. Mon objectif est atteint. 😉

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